Comme du chrome sur une jante par Clara Sauvage.
Guillaume Dorvillé est né à Paris en 1981. Il est artiste enseignant. Il a publié Double dragon aux Éditions Altitude, Chrome, Mettre la gomme et Ce que je pense des éclairs aux Éditions Vanloo. Il pratique le dessin et l'écriture de poèmes de manière réciproque et alternée. Des séries de 100 dessins et des séries de 50 poèmes. Le sens prime sur la forme. Du caractère d'urgence à mettre en images les absurdités du monde, par le dessin ou par le poème, émane la forme. Il est question de proposer une possible critique sociale à différents degrés, avec gravité, égalité et humour.
En dessin, la méthode consiste à épuiser des thématiques par périodes avec des sujets récurrents : animaux, têtes, nourriture, addictions diverses, vêtements et accessoires, armes variées, matières corporelles diverses, publicités, slogans, obstacles, projectiles, explosions, art, sexe, argent... La mise en forme en dessin est instantanée et intuitive. En dessin, l'encre noire, presque sans valeurs intermédiaires, est étalée au pinceau à lavis de manière rageuse ou délicate sur un papier couleur crème. L'économie des moyens est une donnée essentielle pour comprendre cette pratique qui se passe d'atelier. La contrainte principale étant de dégager du temps pour maintenir une pratique graphique intransigeante : 100 dessins en quatre ou cinq jours de moyenne. Les dessins sont malpolis et vengeurs avec un humour qui oscille entre la blague, la caricature, l'auto-dérision, la parodie, le sarcasme, la grossièreté et l'absurde. C'est parfois très bête et méchant et parfois c'est extrêmement brillant, comme du chrome sur une jante. Parmi les références artistiques qui l'ont marqué et influencé, il y a les Black Paintings de Robert Rauschenberg ; les peintures de Philip Guston, Steven Parrino, Philippe Mayaux, Arnaud Labelle Rojoux ; les pratiques de dessin et d'écritures mêlées de Pierrette Bloch, Jean Dupuy, François Bouillon, Trisha Brown, Mike Kelley, Lee Lozano, Raymond Pettibon ; les phrases de Jenny Holzer.
Ses poèmes reflètent son intériorité et sa part autobiographique plus intime. Il est question de son rapport aux autres, à ses fantômes, aux paysages et aux souvenirs. On y trouve, entre autres, les thématiques de la nuit, de la périphérie, du désordre et du reflet. La mise en forme à l'écrit est conditionnée au départ par la largeur de la fonction notes de son smartphone. Cette largeur permet d'être concis, direct, explosif. Le titre en majuscule annonce la couleur, cette titraille qui renvoie à coup sûr à ses dessins a pour effet d'attraper le regard. Paradoxalement, à ses dessins à l’encre noire, les couleurs ont une immense place dans ses poèmes. Il y a comme ça un jeu entre le dessin et l'écriture pour faire apparaître la couleur dans des images mentales tout en nuances. On pense à Richard Brautigan pour la décontraction et la rêverie, à Raymond Carver pour la dureté et les couleurs, à Liliane Giraudon pour l'accumulation et la proximité du poème et du dessin.
La régularité de ses deux pratiques, que sont le dessin et l'écriture, est au centre de ses préoccupations artistiques : il s'agit d'endurer, de ne jamais lâcher et de tenter de proposer des images inattendues voire inédites.
Dans son prochain livre intitulé Un Éclat dans le marbre, il est question des fragilités de l'amour et de la vie d'artiste. On y trouve des dessins, à l'entrée et à la sortie du livre, qui nous bousculent par leurs troublantes invectives et qui nous donnent à réfléchir, à reconsidérer nos vies et à nous révolter contre les absurdités et la violence de ce monde. Au centre du livre, trois séries de poèmes dépeignent des paysages réels et intérieurs avec son lot de nostalgie et d'incommunicabilité. C'est un ensemble qui pourra plaire aux lecteurices·x qui attendent d'un livre de dessins et de poèmes qu'il les emmène avec sensibilité et dérision.


